Parenthèse : Dionysos, Dieu du vin et …

Non je sais, nous ne sommes pas dimanche encore…
Je me permets simplement de vous partager un incroyable écrit trouvé dans la BD « 50 nuances de grecs », écrit par  Jul et Charles Pépin, que je me suis empressé de vous retranscrire.
Un écrit sur un dieu bien-aimé, Dionysos, à la sauce actuelle, donnant une toute autre dimension à ce Dieu et au vin en général…

Je me suis donc permis une petite parenthèse sur les écrits de d’habitude, simplement pour vous partager un article qui m’a touché, à la dimension vinicole !

Alors déboucher votre bouteille de rouge, et profitez !

Bonne lecture et à demain !!

 

« Dionysos – Bacchus pour les Romains – est loin d’être simplement le dieu du Vin : il est aussi celui du Théâtre, de la Fête et de la Folie, de la Transe et des Renaissances, des Métamorphoses… C’est la plus étrange des divinités : errant, bruyant, vagabondant de ville en ville, jamais chez lui, suivi de son cortège de ménades et de satyres, semant partout joie et terreur, ivresse et trouble. Pourtant, il est aussi le fils de Zeus; il l’est même doublement.  Il est l’enfant que le maître de l’Olympe eut avec Sémélé, et celui qu’elle portait en elle lorsqu’elle est morte foudroyée de découvrir le vrai visage de son amant. Zeus réussit alors à sauver le fœtus des flammes et à se le coudre dans la cuisse pour le porter jusqu’à son terme. « Né de la cuisse de Jupiter », diront les Romains – en vérité né deux fois -, Dionysos est donc en même temps figure de l’Ailleurs et fils du roi des dieux. Pour le protéger de la jalousie d’Héra, prête à tout pour détruire l’enfant de sa rivale, Zeus confie le nouveau-né à Hermès, qui le conduit loin d’Athènes, sur le mont Nysa – Dionysos signifie « dieu de Nysa » -, où il est élevé par des nymphes et le vieillard Silène. Lorsque, beaucoup plus tard, il revient à Athènes, c’est donc en étranger. Un étranger pas très discret. Ivre et travesti, dansant et chantant, il incarne l’excès dans la cité de l’équilibre et la déraison dans le temple du logos. Au fond, Dionysos, c’est l’Autre. Cet Autre dans lequel les civilisations faibles ne voient qu’une menace, les Grecs l’ont accueilli. Ils ne lui ont pas simplement confié la gérance du « Rendez-vous des Atrides ». Ils ont organisé en son nom des concours du théâtre, ils lui ont érigé des temples; ils l’ont reconnu comme un dieu. Aurions-nous fait de même?

 

Nous avons quelques raisons d’en douter. Pour tout dire, nous avons un peu perdu l’habitude de construire des autels pour les gens qui ne nous ressemblent pas : nous préférons les parquer dans des sous-bois avant de les reconduire à la frontière. Fêter la différence semble être devenu étranger. A ceux qui entrent sur notre territoire, nous laissons toutefois parfois le choix : devenir comme nous… ou repartir. Le triomphe des process dans les entreprises ne dit pas autre chose : il faut adorer la norme ou s’en aller. Dans l’Europe entière, et même dans la totalité du monde occidental, les périphéries des grandes villes se ressemblent : on y voit les mêmes échangeurs autoroutiers et les mêmes enseignes, on peut y acheter les mêmes lits superposés et y manger les mêmes hamburgers. Est-ce la faute du christianisme? Nous a-t-on trop répété que nous étions égaux, que nos différences étaient inessentielles? Difficile, en tout cas, d’imaginer l’arrivée de l’Autre au cœur du Même. La possibilité pour Dionysos de trouver sa place chez nous. A moins d’être extrêmement clair sur les conditions : arrêter de chanter et de danser à 21h59 parce que la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. Marcher au moins 10000 pas chaque jour en archivant sa progression sur l’appli de son Iphone. S’entrainer à être d’humeur constante en suivant une thérapie comportementaliste. Définir son identité de manière simple et s’y tenir avec fierté. Ne plus fréquenter des vieillards bizarres et des adolescentes délurées. Arrêter de fumer sous trois semaines et, d’ici là, n’utiliser que des paquets neutres.

 

Bref, mettre de l’eau dans son vin. « 

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